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Données de mobilité : collecter moins mais décider mieux

Identifier la donnée qui change réellement une décision avant de la collecter, limiter les champs à leur finalité et piloter avec un tableau de bord minimal.

Données de mobilité : collecter moins mais décider mieux

Un directeur RSE demande un tableau de bord de mobilité. La première réaction consiste à brancher les flux disponibles : positions, temps, distances, motifs de déplacement. Quelques semaines plus tard, l’équipe reçoit plus de données qu’elle ne peut en lire, et les décisions restent prises sur un fichier simple. Collecter moins ne signifie pas renoncer à piloter : cela signifie identifier la donnée qui change réellement une décision avant de la demander.

La règle est simple à formuler : chaque champ collecté doit avoir une finalité précise, une personne qui l’utilise et une durée de conservation. Tout le reste est une charge, pas un actif. En matière de mobilité, une grande partie des données individuelles est soumise à des règles de protection des données rappelées par la CNIL, notamment dès qu’une position peut être rattachée à une personne.

Distinguer la donnée de décision de la donnée de confort

Classez les données en trois catégories. La donnée de décision modifie une action : elle déclenche un arbitrage, un changement de fournisseur ou une alerte. La donnée de contrôle vérifie une obligation contractuelle : ponctualité, acceptation des courses, conformité de la facture. La donnée de confort est « intéressante » mais personne ne peut dire ce qu’elle changerait. C’est cette dernière qu’il faut supprimer en priorité.

  • Nécessaire à la facturation : distance ou forfait, périmètre, motif de déplacement, code analytique.
  • Nécessaire au service : point de prise en charge et de destination au moment de la course, identité du chauffeur, heure prévue.
  • Évitable : historique de position fin, trajets privés, données de tiers non impliqués dans la course.

Partir de la décision, remonter à la donnée

La méthode la plus fiable consiste à écrire d’abord les décisions que vous voulez prendre dans l’année : renégocier une ligne, arbitrer entre deux modes, justifier un budget, vérifier un engagement carbone. Pour chacune, déduisez la donnée minimale suffisante. Si une décision peut être prise avec un agrégat mensuel, ne collectez pas le détail à la course.

Le reporting carbone illustre le piège : un chiffre d’émissions par course paraît précis, mais il dépend de la méthode, du type de véhicule et des facteurs retenus. Une donnée agrégée, comparable d’un mois sur l’autre et dont la source est documentée, éclaire davantage qu’un détail inexploitable.

Les contraintes légales à ne pas confondre

La protection des données n’est pas une option contractuelle : elle s’impose dès que des données personnelles sont traitées. La géolocalisation des véhicules des salariés est encadrée par des recommandations de la CNIL, qui rappellent la nécessité d’une finalité légitime et proportionnée. Ne stockez pas une position « au cas où » : ce n’est pas une finalité suffisante.

Vérifiez également les obligations de conservation qui s’appliquent à votre secteur et la durée réellement nécessaire. Au-delà de la durée utile, la donnée devient un risque : elle peut être demandée, contestée ou mal sécurisée.

Construire un tableau de bord qui décide

Un bon tableau de bord tient sur une page : quelques indicateurs avec une source, un responsable et une fréquence. Le taux d’acceptation sur le périmètre convenu, la ponctualité selon une règle écrite, le coût complet par usage et le nombre d’incidents résolus suffisent souvent à piloter un marché de transport privé. Chaque indicateur doit pouvoir répondre à une question précise, sinon il est retiré.

Questions à poser par écrit

  1. Quelle décision cette donnée permet-elle de prendre, et quand ?
  2. Qui l’utilise, et que fait-il avec ?
  3. Pendant combien de temps est-elle conservée, et qui la supprime ?
  4. Un agrégat suffit-il à la décision, ou le détail est-il indispensable ?
  5. Qui peut y accéder, et avec quelle habilitation ?

Un exemple concret de minimisation

Prenons le cas d’une course récurrente entre deux sites. Pour décider si la ligne est rentable et fiable, il suffit de conserver, pour chaque course, la date, le point de départ et d’arrivée, l’horaire réel, la durée et un code analytique. L’identité précise du passager n’apporte rien à la décision : un identifiant d’équipe ou de centre de coûts suffit. En retirant le nom, on réduit le risque sans perdre de pouvoir de décision.

Le même principe s’applique au suivi des incidents : pour savoir où se concentrent les retards, un agrégat par ligne et par créneau suffit. Le détail individuel ne sert que lorsque l’on traite une réclamation précise, auquel cas on y accède ponctuellement, jamais en continu.

Action immédiate

Dressez l’inventaire des données actuellement collectées et barrez celles qui n’ont pas de finalité écrite. Pour chaque donnée restante, notez la décision associée et la durée de conservation. Réduire le flux aujourd’hui coûte moins cher que de le justifier plus tard.