Une alerte temps réel n’aide la correspondance multimodale que si son âge est connu au moment où elle déclenche une décision. Un flux annonçant un retard avec quinze minutes de décalage peut conduire l’entreprise à réserver un VTC devenu inutile ; un flux très frais peut néanmoins omettre un événement. Le cahier des charges doit donc mesurer séparément la fraîcheur, la couverture et la qualité de la décision humaine.
Le sujet ne remplace pas la procédure de gestion d’un retard ferroviaire. Il traite l’information amont : quelle donnée le gestionnaire voit-il, quand, et avec quel degré de confiance avant de maintenir une correspondance, modifier une prise en charge ou activer une solution complémentaire ?
Conserver trois horodatages
Le système doit enregistrer l’heure de production de l’information par la source, l’heure de réception par l’intégration et l’heure d’affichage ou de déclenchement. Sans ces trois valeurs, l’équipe ne distingue pas un retard de publication, de transport technique ou de traitement interne. Tous les horodatages utilisent le même fuseau ou une conversion documentée.
La documentation de transport.data.gouv.fr sur les données temps réel décrit la publication des flux de transport collectif. Le profil France de SIRI précise les échanges d’information temps réel. Ces références cadrent les données ; elles ne garantissent pas que chaque opérateur couvre tout événement ni qu’une alerte justifie automatiquement un report modal.
Définir la latence et sa distribution
Formule par alerte : heure de présentation au gestionnaire moins horodatage de production par la source. L’unité est la minute. Le tableau de bord publie la médiane et le 95e centile sur les alertes valides de la période, ainsi que leur nombre. Le numérateur d’un taux complémentaire est le nombre d’alertes présentées avant le seuil interne ; le dénominateur est le nombre total d’alertes reçues et exploitables.
- Responsable : responsable de l’intégration mobilité dans l’entreprise, ou responsable données de l’autorité organisatrice.
- Fréquence : mesure continue, revue hebdomadaire en phase pilote puis mensuelle si le flux est stable.
- Décision : conserver le flux, augmenter la fréquence de lecture, ouvrir un incident fournisseur ou exiger une validation humaine.
- Limite : une faible latence ne mesure ni l’exhaustivité ni l’exactitude de l’information.
Le 95e centile rend visibles les cas lents que la moyenne peut masquer. Il n’est interprétable que si le nombre d’alertes et les exclusions sont publiés. Une alerte sans horodatage source ne disparaît pas silencieusement : elle est comptée dans une catégorie « fraîcheur indéterminée ».
Tester la décision, pas seulement le tuyau
L’équipe rejoue des scénarios documentés : train retardé, départ rétabli, quai modifié, suppression puis remise en circulation. Pour chacun, elle note l’information disponible au moment de la décision et vérifie si la règle aurait déclenché une réservation, une attente ou une annulation. Les scénarios sont simulés ; ils ne sont pas présentés comme des résultats réels.
L’API de réservation VTC ne doit pas transformer toute alerte en commande irréversible. Le contrat prévoit une fenêtre de validation, les frais éventuels d’annulation, le journal de décision et un mode manuel en cas de signal contradictoire. Le responsable métier garde la possibilité de ne pas agir.
Mesurer aussi la couverture
Un second indicateur compte les événements de référence détectés par le flux. Son numérateur est le nombre d’événements connus a posteriori et présents dans les alertes ; son dénominateur est le nombre total d’événements du jeu de contrôle. L’unité est le pourcentage. Le responsable compare ce résultat sur un échantillon de lignes et de périodes, sans en faire une promesse globale si la couverture n’est pas exhaustive.
La revue associe exploitation, SI et métier. Le SI traite disponibilité et latence ; le métier juge si le contenu permet une décision ; l’acheteur vérifie les engagements. Une information rapide mais ambiguë peut exiger un libellé ou une règle supplémentaire plutôt qu’une fréquence plus élevée.
Garder une validation locale
Les correspondances en gare régionale dépendent aussi du temps de marche, du point de rendez-vous et de l’offre locale. La décision ne peut donc pas être déduite de la seule variation d’un horaire. Le gestionnaire doit voir la source, son âge, l’itinéraire concerné et la dernière mise à jour.
Le seuil de fraîcheur est choisi selon le délai nécessaire pour agir et les coûts d’une fausse décision. Il n’existe pas de valeur universelle. Le rapport final juxtapose latence, couverture, volume, incidents et décisions erronées identifiées. C’est cette lecture croisée, et non la promesse « temps réel », qui permet de maintenir le flux ou d’imposer une étape humaine.
Relier l’âge du signal à l’action possible
Une matrice de criticité relie l’âge de l’alerte à l’action. Une information ancienne peut rester utile pour prévenir un voyageur, mais trop tardive pour commander un véhicule sans frais. Le responsable définit, pour chaque usage, l’heure limite, le décideur et la possibilité de revenir en arrière. Il mesure séparément les alertes arrivées avant cette limite et celles reçues après. Cette seconde série révèle un flux fonctionnel sur le plan technique mais inutilisable pour la décision métier.
